• SOUVENIRS...

        

         Assis, tout seul sur un banc, dans un merveilleux jardin public qu'on a jadis baptisé «Le Jardin de Dieu » ; il était dissimulé dans un recoin au beau milieu d'une touffe d'arbrisseaux qui ont trouvé un endroit paisible sous l'ombre des arbres majestueux à feuillage persistant tels : l'eucalyptus, les séquoias, les pins, les genévriers. Il écoutait le doux gazouillis de quelques oiseaux, chantant leur plainte sur les hautes branches, au-dessus de tout le monde ; suivi de temps en temps d'un roucoulement au loin d'une tourterelle leur donnant le tempo. Une légère brise matinale lui caressait le visage et venait égayer les branches et les feuilles qui entamèrent la valse du bonheur. Il s'adossa au banc et remarqua au-dessus de lui que des rayons de soleil, rebelles, avaient réussi à se frayer un chemin au cœur de la densité du feuillage. Derrière lui, coulait sereinement un petit ruisseau ajoutant ainsi de l'éclat à la magnificence de cet endroit... Il était dans son paradis...
         Cet homme était assis là, adossé à son banc, tout seul avec comme uniques compagnons ses souvenirs.
    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>     Il se souvenait de son premier jour de classe; accompagné de sa grande-mère qui lui donna un morceau de sucre en lui disant : « Mets-le sous ta langue pour rendre toute ta vie sucrée ! »
    <o:p> </o:p>     Il se souvenait, avec amertume, du jour où il avait pris sa première claque qui n'était pas asséné par un camarade de classe ou par une quelconque personne, inconnue ; mais c'était de la part de son instituteur de français. Il avait alors huit ans, bégayé et n'arrivant pas à répéter la phrase du maître alors le châtiment n'a pas tardé. 
    <o:p> </o:p>     Il se souvenait, avec un sourire aux lèvres, de la première fois où il a vu la mer. Tout surpris, il s'était exclamé : « Mais quelle est gigantesque cette rivière ! »
         Il se souvenait du jour où à la sortie de la classe, il avait aperçut  des attroupements de grandes personnes en train de sangloter. Sur tout le trajet du retour, la même scène se répétait. Il tremblait de peur, lui le petit enfant jusqu'à ce qu'il arrive à sa demeure. Sa maman avait les yeux rouges avec de petites larmes qui coulaient : « Mon petit, notre cher président est décédé. »
    -         C'était quoi déjà un président ? pensa-t-il.
    <o:p> </o:p>     Il se souvenait, avec une profonde tristesse, de ce jour si sombre. Il avait vu sa grande-mère bien-aimée, étendue sur son lit, elle était agonisante. Autour d'elle, s'était réuni ses fils, ses frères et lui : il avait quatorze ans. Il se rappelait le dernier mot que cette pieuse, si chère à son cœur, avait prononcé : « A........ !!! » C'était son prénom. Vivante, elle était rayonnante. Morte, elle l'était toujours. C'était comme s'il elle dormait. Mais cette fois, ce havre de savoir ne se réveillerait plus.
    <o:p> </o:p>     Il se souvenait du jour où son père est rentré à la maison avec un grand sourire dessiné sur le visage. Il lui annonça : « Mes félicitations, mon enfant. Tu as eu ton BAC !!! » Un bonheur extrême l'enveloppa mais il ne laissa rien paraître : « Merci papa, j'en étais sûr. » En sortant pour annoncer la bonne nouvelle à ses amis et en s'éloignant de sa demeure, il se relâcha, sa joie éclata au grand jour. Il sautait, il criait : « Hourra !  J'ai eu mon BAC, j'ai eu mon BAC !!! » Il avait dix-huit ans.
    <o:p> </o:p>     Il se souvenait du jour où il présenta sa première leçon en tant qu'enseignant stagiaire. Lui, le timide, qui devenait rouge pour un oui ou pour un non. Avant son premier cours, ses jambes jouaient aux castagnettes, sa respiration devenait de plus en plus saccadée. A la vue au loin des élèves qui se tenaient  en ligne sur deux rangs, son cœur faillit jaillir de sa poitrine. Il songea à revenir sur ses pas mais à la dernière minute, il prit son courage à deux mains et accomplit remarquablement sa besogne. Il avait réussi sa première leçon ; par la suite toute sa profession.
    <o:p> </o:p>     Il se souvenait du jour de son mariage. Normalement, le jour le plus heureux de sa vie. Il aimait cette femme à la folie, elle l'aimait à la folie. Ils se sont unis pour le meilleur et pour le pire. Ce fut ce dernier qui se pointa. En effet, la nuit des noces,  son père rendit l'âme. La tristesse remplaça la joie et les pleurs remplacèrent  les sourires. Son père, adoré, mourut cette nuit. Il est vrai qu'il est parti cette nuit mais au moins il était tranquille. Son fils a trouvé l'âme sœur tant convoitée. Son père était mort la nuit de ces noces, il mourut cette... il...il...ce...uit.
    <o:p> </o:p>     Il se souvenait du jour de la naissance de sa petite fille. Elle était rayonnante, un petit ange, blanche comme neige. « Et sa mère comment va-t-elle ? »
    - Elle n'est pas encore réveillée répondit l'infirmière.
          Sa femme avait subi une césarienne... Pendant l'opération, une angoisse terrible s'est emparée de lui : « O mon Dieu, c'est ma seule joie dans cette vie, aide-la mon bon Dieu !!! » On se souvient de Dieu que lorsqu'on était dans des situations difficiles, à ces moments où on se sentait impuissant. Il chassa de son esprit les idées intruses qui lui annonçaient un mauvais présage. « Dieu ne me laissera pas » répéta-t-il pour chasser ces importunes de sa tête. Dieu soit louer, sa bien-aimée  s'est réveillée. Elle se portait bien.
    <o:p> </o:p>     Il se souvenait...englouti dans les flots de ses souvenirs, la sonnerie de son mobile déchira la sérénité de l'atmosphère, l'arrachant ainsi à ses rêveries.
    - Allô, oui ! C'était sa femme qui lui demandait d'aller attendre leur fille à la sortie de l'école. Sa fille de huit ans. Il quitta illico son banc, son recoin, son éden pour aller trouver son petit bout de chou.  
    <o:p> </o:p>

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